Nuku-Hiva en 1878

Dans l’état-civil de Nuku-Hiva (Marquises), on trouve intercalé entre les actes de décès de l’année 1878, un courrier rédigé par le Père Géraud à l’Evêque du lieu. Ce courrier raconte les circonstances du décès d’un colon étranger d’origine irlandaise nommé CONOR. Cette lettre est l’occasion de nous replonger dans la vie de la petite communauté marquisienne de cette fin du 19è.

L’archipel des Marquises se situe à 1500 km au N-E de Tahiti. L’archipel est constitué de 12 îles dont 6 seulement sont habitées. Elles se répartissent en 2 groupes : Le groupe Nord dont fait partie Nuku-Hiva et le groupe Sud.

Hatiheu, grande vallée de la côte nord de l’île de Nuku-Hiva, dominée à l’ouest par de pittoresques pitons de basalte déchiquetés.


Lettre expliquant les circonstances du décès de CONOR

La lettre du P. Géraud (retranscription)- ANOM NOUHIVA 1878 v. 12

Le P. Géraud utilise le mot marquisien « uto » qui signifie bouton, abcès, bubon. Il n’est pas en grande forme ce jour là, se plaignant d’un « bubon » au jarret qui lui fait « grand mal ».

Présentation des protagonistes

Résumé de la lettre

Le 10 mai 1878, deux hommes marquisiens Taionia et Hai s’inquiètent de l’absence de CONOR dans sa case. Ils préviennent le chef de Hatiheu, Koamua. Le lendemain, le P. Géraud, se rend chez Kaomua et lui propose de passer chez CONOR en se rendant à Aakapa. Il lui demande 2 « kanaks » pour l’accompagner mais en vain.

Arrivé sur place, le P. Géraud cherche CONOR dans toute la vallée. Il finit par localiser le corps au pied d’un arbre à pain. Il suspecte une chute de l’arbre. Devant la dégradation du corps, il retourne « au galop » à Hatiheu prévenir le chef pour lui demander de l’aide. Six hommes de la tribu Puhi oho acceptent d’aller sécuriser les lieux.

Pendant ce temps, le Fr. Michel fabrique un cercueil pour le défunt en attendant que l’autorité soit informé de la situation. Le lendemain 12 mai, le résident Louis Bertrand DOUBLÉ rédige l’acte de décès officiel de CONOR.

Biographies des principaux personnages

Le Père Géraud (Pierre CHAULET)

Le Père Géraud est un prêtre de la congrégation des Sacrés-coeurs de Jésus et de Marie, appelés aussi Picpuciens. Son nom est Pierre CHAULET. Il est né à Anglards-de-Salers (Cantal) le 5 novembre 1830. Fils de Mathurin CHAULET, propriétaire et de Marianne JONCOURS. Il débarque à Taiohae (Nuku Hiva) en 1858. Il apprend le marquisien et rédige des livres de prières en langue marquisienne. Il décède à Taiohae en 1912 après avoir passé 54 ans aux îles Marquises.

Monseigneur René Idelphonse DORDILLON

Prêtre de la congrégation des Picpus. Il est né le 11 octobre 1808 à Sainte-Maure-de-Touraine (Indre-et-Loire). Fils de Honoré Joseph DORDILLON, marchand et de Anne GIRARD. Il arrive aux Marquises en 1846. Il est considéré comme celui qui réussit à christianiser les Marquises. En 1853, le roi de Taiohae, Te Moana et sa femme Vaekehu reçoivent le baptême des mains du Père DORDILLON entraînant à leur suite presque toute la population de Nuka-Hiva. Il est nommé Vicaire apostolique des Marquises et évêque In partibus de Cambysopolis en 1855. Il contribue au développement agricole de l’île. Il publie un dictionnaire et une grammaire marquisienne. Il décède à Taiohae le 11 janvier 1888 après 42 ans de présence sur l’île.

Frère Michel

Jean Léon BLANC (Frère Michel en religion) est né le 14 mars 1832 au n°100 de la rue des Fonderies à Rochefort (Charente-Maritime).Fils de Jean BLANC, maçon et de Geneviève Rosalie LAURENT, journalière. Il est charpentier de marine avant d’entrer en prêtrise. Il arrive en 1866 aux Marquises. Habile charpentier et bâtisseur, on lui doit l’église de Hatiheu, qui fit l’admiration de Robert Louis STEVENSON lors de son séjour marquisien. On comprend aussi pourquoi que c’est à lui que fut confié la réalisation du cercueil de CONOR. Il décède en 1899 à Atuona (Hiva Oa) aux îles Marquises.

Thomas CONOR (CONNOR)

Les sources pour retracer la vie de Thomas CONOR sont rares et éparses. Thomas CONOR est un colon, cultivateur et forgeron. Il est né vers 1837 en Irlande. Il vit seul dans sa case dans la vallée de Haaume non loin de Hatiheu (voir carte de l’île). Il décède accidentellement le 10 mai 1878 à Nuku Hiva à l’âge de 41 ans. Probablement sans famille, sa succession est déclarée vacante.

Louis (Léon) Bertrand DOUBLÉ

Léon Bertrand DOUBLÉ est né le 11 avril 1833 à Toulouse (Haute-Garonne). Fils de Jean Pierre DOUBLÉ, ébéniste (1833), marchand de bois (1864) et de Jeanne Charlotte FORASTÉ, ménagère installés au 37 rue de la Dalbade. Lieutenant de Vaisseau, chevalier de la légion d’honneur en 1864. Il a épousé le 28 mars 1864 à Marseille (Bouches-du-Rhône) Jeanne Marie Aglaé BARRET née à Marseille en 1842, fille de Michel Claude Grégoire BARRET, rentier et de Marie Octave Eulalie ODDO. Une anecdote rapporte que le couple DOUBLÉ danse devant les insulaires pour les initier à des danses « civilisées », ce qui fait ironiser au Père Géraud CHAULET que ce couple est un « Doublé de sottise… ». Il occupe le poste de Résident des Marquises à Taiohae d’avril 1875 à mars 1879. Il décède le 10 mai 1890 à Toulouse à l’âge de 57 ans avec le grade de capitaine de frégate.

Koamua (Kuamua)

Chef de Hatiheu en 1878. Il est dit « d’âge indéterminé » et ne sachant signer.

Kiokia

Mutoi de 1ère classe à Hatiheu. Il est dit « d’âge indéterminé » et ne sachant signer.

Sources

O’Reilly. Tahitiens. Notices biographiques de Eutorpe BLANC, p. 47, Pierre CHAULET, p. 108, René Idelfonse DORDILLON, p. 148

Alfred Testard de Marans – Souvenirs des Iles Marquises 1887-1888- Société des Océanistes, 2004.

Un chapitre intéressant sur « les noms de lieux et de personnes »

ANOM – NOUHIVA 1878 – Lettre du P. Géraud v. 12-13 – AD Thomas CONOR v. 13

Messager de Tahiti du 12 juillet 1878 – Curatelle aux successions et biens vacants

Base Leonore : Dossier Louis (Léon) Bertrand DOUBLE

Archives du Cantal : AN CHAULET Pierre – Anglards-de-Salers-1830- v. 93/293 (5 MI 13/4- 1825-1839)

Archives d’Indre-et-Loire : AN DORDILLON René- Sainte-Maure-de-Touraine- 1808 – v. 93/420 (6NUM8/226/004)

Archives de Charente-Maritime : AN BLANC Jean Léon – Rochefort 1932- v. 32/120 (2E 311 /238 collection greffe).

Archives municipales de Toulouse – AN DOUBLÉ Léon Bertrand – Toulouse- 1833- v. 75/268 – AD DOUBLÉ Léon Bertrand 1890 v. 223/579 acte n° 1763

Archives du Var : Publications de bans DOUBLÉ/BARRET Toulon Var 1864 v. 78/249

Archives des Bouches-du-Rhône : AM DOUBLÉ-BARRET 1864 v. 309/1355

4 réflexions sur “Nuku-Hiva en 1878

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