Un séjour tahitien agité : les PARISOD

L’histoire du jour concerne le couple PARISOD, installé à Papeete entre 1863 et 1873. Jean François Louis PARISOD est un citoyen suisse, restaurateur et débitant de boissons à Papeete. Il est régulièrement en prise avec la justice pour des infractions liées à son activité commerciale. Ce qui est le cas de beaucoup de débitants de boissons soumis à une administration très pointilleuse sur la question de la consommation de l’alcool. Suivons les péripéties de ce couple pas banal.

Le couple PARISOD

Le couple PARISOD se forme à Papeete autour de l’année 1863. Commençons par présenter les deux protagonistes :

Jean François Louis PARISOD est né le 26 mars 1833 à Grandvaux dans le canton de Vaud, sur les bords du lac Léman (Suisse). Il est le fils de François Louis PARISOD et de Jeanne Louise TESTUZ. Guère plus d’informations pour le moment concernant sa famille.

Virginie Polinska RENÇON est née le 16 octobre 1847 à Quierzy (Aisne) à bord du bateau de ses parents. Elle est la fille d’un couple de mariniers, Jean-Baptiste RENÇON et Fortunée CULLEME, qui circule sur le canal latéral de l’Oise.

Une question cruciale se pose : Que font ces deux personnes en 1864 à Papeete ?

Les citoyens suisses sont peu nombreux à Tahiti à cette époque à part Jean-Baptiste SAÏ mais il semblerait que PARISOD et SAÏ n’aient aucun lien entre eux, ni familial, ni professionnel.

La présence de Virginie RENÇON à Tahiti est encore plus énigmatique. Elle est jeune (17 ans) et semble orpheline. Lors de son mariage, elle produit d’ailleurs un document « délivré le 14 août 1863 par le directeur de l’administration générale de l’assistance publique à Paris« .

Le 15 décembre 1864, Jean François Louis PARISOD épouse Virginie Polinska RENÇON à Papeete. L’année suivante, le 11 août 1865, nait leur fille Fany Louisa PARISOD.

Une activité commerciale houleuse

Les activités commerciales de PARISOD commencent en 1863. Il tient un débit de boissons et se trouve mis en cause par deux plaintes. L’une d’elles lui reproche d’avoir « donné à boire à des militaires pendant les heures de travail militaires« . Il sera acquitté pour les deux plaintes.

Quelques semaines après leur mariage, en janvier 1865, un incendie accidentel détruit l’établissement du couple PARISOD à l’angle des rues Bougainville et Rivoli. La toiture en pandanus du restaurant s’embrase et menace les habitations environnantes. La chapelle catholique et la maison CHARBONNIER sont épargnées mais la maison de son compatriote suisse SAÏ est complètement détruite.

Suite à cette déveine commerciale, PARISOD relance malgré tout son activité mais les affaires ne sont pas florissantes. Il est déclaré en faillite le 11 septembre 1866. S’en suit une vente aux enchères en octobre 1866 durant laquelle sont vendus des bouteilles de vin de Bordeaux, de la bière, du genièvre, des eaux-de-vie, du linge de table, des couverts…

Durant cette période, une certaine animation règne autour du couple PARISOD. En juin 1866, PARISOD s’emporte contre le juge LANGOMAZINO et est assigné à comparaître pour outrage à magistrats. Il écope de 2 mois de prison. Dans le même temps, Mme PARISOD est condamné à 5 Fr d’amende pour injures proférées contre des particuliers. Le jour de la déclaration de leur faillite, PARISOD et sa femme font paraître un encart dans la presse pour remercier M. MARCILLAC d’avoir retiré sa plainte et lui présentent leurs excuses.

Après cette retentissante faillite, Louis PARISOD ouvre un nouveau débit en 1867. Les déboires judiciaires reprennent. « Malgré les observations et grâces qui lui ont été déjà faites« , le débit est fermé, on reproche à PARISOD de recevoir « dans son débit des femmes indigènes qui s’y livrent à des désordres continuels » et de vendre « illégalement des boissons à des Océaniens« . Après octobre 1868, plus aucune trace concernant les activités commerciales de PARISOD.

En février 1873, une vente par autorité de justice des biens contenus dans la maison occupée par la famille PARISOD est programmée : meubles, linge de corps et de table, vaisselle, couverts, lits , batterie de cuisine, vins et liqueurs, chevaux et voitures…

Le 1er mai 1873, le transport français à vapeur Var commandé par le capitaine de frégate LEMOSY quitte Tahiti pour Toulon avec à son bord 216 hommes d’équipage et 10 passagers dont un certain PARISOD « prisonnier« .

Il semblerait que l’épilogue du séjour tahitien de PARISOD se soit traduit par un renvoi de la colonie.

Pour ceux que ça intéresse, la famille PARISOD est retournée s’installer aux bords du lac Léman en Suisse où leur fille exercera la profession de modiste.

Sources

Archives de Suisse : AN Jean François Louis PARISOD 1833 Registre de naissances 1821-1860 archives cantonales Vaudoises acte 6 p. 164

Archives de l’Aisne : AN Virginie Polinska RENÇON 1847 Quierzy v. 90/306 Mi0187 – 1843-1862 acte 45

ANOM : AM PARISOD -RENÇON 1864 Papeete v.19 – AN Fany Louisa PARISOD 1865 Papeete v.5-

Messager de Tahiti : 6 juin 1863- 19 décembre 1863- 28 janvier 1865 (incendie)- 2 septembre 1865- 14 avril 1866- 30 juin 1866 (outrage à magistrats)- 9 septembre 1866- 27 octobre 1866- 13 juillet 1867- 2 novembre 1867- 14 janvier 1871- 7 février 1873 (vente aux enchères)- 9 mai 1873 (passager)

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